Sukoden II, comme son nom l'indique, est la suite de Suikoden. En pratique, l'histoire se déroule dans le même monde mais dans une région différente. Même si le lien est fait à plusieurs reprises avec le premier épisode, notamment par l'intermédiaire de certains personnages clés que l'on retrouve avec plaisir, une grande partie de l'aventure se passe sur les terres dominées par le royaume de Highland d'un côté et la Ville-État de Jowston de l'autre.

Dans un environnement moyenâgeux, l'histoire débute à un moment où le héros (qui n'a pas de nom prédéfini) et son meilleur ami Jowy, membres de l'armée de Highland, se préparent à rentrer dans leur village suite à la signature d'un traité de paix avec Jowston. Hélas, une attaque survient en pleine nuit et nos deux jeunes recrues sont alors prendre la fuite après avoir compris que leur supérieur jouait un double jeu. Notre héros se trouve alors isolé de son pays natal et va commencer par chercher qui a rompu ce traité de paix, avant de trouver ses motivations pour le reste de l'aventure.

Disons le tout de suite : cette introduction ne laisse présager en rien du déroulement des événéments. Contrairement au premier épisode, Suikoden II est plein de rebondissements et le côté émotionnel est bien plus travaillé. Bien que les 108 personnages jouables ne soient pas tous attachants, les principaux ont un vrai caractère. Ainsi on n'a presque plus l'impression de jouer au collectionneur de Pokemon, chacun avec ses attaques et caractéristiques propres, et le côté impersonnel est beaucoup plus nuancé. C'était un défi à relever, et le résultat est assez réussi. De plus, le scénario beaucoup plus riche vient donner de la vie au jeu, qui se termine en une cinquantaine d'heures si l'on prend son temps. Le double est probablement nécessaire si l'on souhaite réunir la totalité des 108 personnages (ce qui ouvre la porte à l'une des 4 fins de jeu possibles). Pour le reste, on a affaire à un scénario assez orienté stratégie / militaire comme dans le premier épisode : tel fort a été pris et les troupes adverses sont occupées ailleurs, pourquoi ne pas attaquer là ? Mais en parallèle, l'histoire se centre aussi sur les personnages, alliés comme ennemis, ce qui donne une nouvelle dimension, beaucoup plus humaine et beaucoup plus prenante. Bref, un très bon scénario, un peu terni à mon goût par cette grande quantité de personnages jouables. En effet, le fait de recruter un nouveau personnage en moyenne toutes les demi-heures ne fait pas très naturel, et on a parfois l'impression que c'est seulement une opération marketing pour écrire "108 personnages" à l'arrière de la boîte du jeu.

Au niveau des combats, on trouve de nouveau 3 systèmes différents. Tout d'abord, les combats normaux, souvent déclenchés aléatoirement dans des zones dangereuses : donjons, forts, etc. Ce sont des combats au tour par tour, très similaires à ceux de Suikoden : six personnages maximum, chacun pouvant faire une attaque normale, se défendre, utiliser un objet ou utiliser une rune permettant de lancer les sorts qui y sont associés. À cela s'ajoute une nouveauté, certains personnages ayant des affinités peuvent faire des attaques groupées à deux ou à trois. En pratique, le système de combat est assez classique mais la diversité des runes donne de l'intérêt à l'ensemble. Néanmoins, en dehors des boss qui demandent parfois un peu de préparation (c'est-à-dire équiper correctement ses personnages et affuter leurs armes), le reste des combats est trop facile et se résume à faire "ok" pour faire attaquer les personnages.

On retrouve aussi les duels à plusieurs moments du jeu (cf. image ci-contre). Le principe est simple et revient plus ou moins à jouer à pierre, feuille, ciseaux, sauf qu'en l'occurrence il s'agit de Attaque, Défense, Attaque Critique. L'Attaque gagne contre la Défense, la Défense contre l'Attaque Critique, et l'Attaque Critique contre l'Attaque. Mais les combats ne sont pas toujours équilibrés, parfois notre héros fait davantage de dégâts que l'adversaire. De plus, la plupart du temps, les adversaires parlent avant de jouer et nous donnent de gros indices sur ce qu'ils vont faire. Conclusion : comme les combats classiques, on ne peut même pas parler de difficulté.

Enfin, la dernière forme de combat a évolué par rapport à Suikoden. À de nombreuses reprises, nos troupes et celles des ennemis vont se confronter. Avant, cela marchait là aussi sur le principe du pierre, feuille, ciseaux. Ici, il s'agit d'un système plus complexe pouvant faire penser à certains jeux de plateau. Chaque unité a des niveaux d'attaque et de défense, et deux points de vie. Chaque unité est également liée aux personnages que l'on a recruté en cours de partie, donc certaines vont être capable de lancer des sorts magiques, d'autres vont tirer à l'arc et donc pouvoir attaquer à distance, etc. Là encore, on a un système intéressant avec de nombreuses possibilités. Hélas, les combats se terminent souvent sur des événements inattendus : les ennemis fuient, le combat s'arrête pour une raison ou une autre, ... Si bien qu'il y a très peu de combats où nos actions ont de réelles conséquences sur son déroulement.

Autre évolution par rapport au premier épisode : les musiques. Bien sûr c'est totalement subjectif, mais la plupart sont supportables et certaines sont même très réussies. De façon générale, elles sont plus vivantes, plus diversifiées et mettent donc mieux en relief les différentes scènes.

Ajoutons à cela quelques passages de jeu ponctués de jolies cinématiques, courtes mais sympatiques, et on finit par se prendre au jeu. Le rythme est un peu lent durant les premières heures, mais une fois l'intrigue en place, l'aventure devient plus intéressante. Si j'avais deux reproches à faire à ce très bon jeu, ce serait le manque de difficulté - lorsqu'il n'y a pas d'enjeu dans les combats, on ne s'implique pas plus que ça et donc ça retire beaucoup d'intérêt car on est plus spectateur que joueur - et le trop de personnages jouables dont le recrutement tend plus vers le mécanique que le naturel.

Pour conclure, Suikoden II est un excellent jeu qui a sa place parmi les meilleurs. Il présente quelques lacunes citées ci-dessus, mais aucun jeu n'est parfait et ces détails dépendent probablement plus de mes goûts personnels que de problèmes intrinsèques.